Interview de Frédéric Gillet, fondateur de l’association Aqualti

Frédéric Gillet est un acteur intéressant du mouvement éco-responsable en montagne, notamment grâce à son association Aqualti, qu’il nous a aimablement présenté dans le cadre d’une interview pour UniverTextile.

[AM] – Bonjour monsieur Gillet, pouvez-vous vous présenter rapidement ?

[FG] – Bonjour, je m’appelle Frédéric Gillet, j’ai 43 ans et je suis haut-savoyard d’origine. J’ai fait des études d’ingénieur en me spécialisant dans les domaines de l’eau et de l’environnement. Cela m’a permis de prendre part à des expéditions. J’ai notamment participé à des missions pendant 3 ans en Arctique (Groenland, Spitzberg). Je suis en parallèle expert judiciaire dans les domaines de l’eau et de l’énergie. J’ai fondé l’association Aqualti il y a 3 ans.

[AM] – Et Aqualti, qu’est-ce que c’est ?

[FG] – Aqualti est une association, qui porte des missions scientifiques, en partenariat avec des universités et des laboratoires de recherche. Le but est d’offrir une plate-forme logistique pour les études réalisées en sites complexes comme la montagne ou les sites éloignés. Nous sommes spécialisés dans l’étude de la présence de micropolluants et de particules plastiques dans les lacs de montagnes. Au total, une quinzaine d’acteurs (ingénieurs, chercheurs, plongeurs, communicants…) sont rattachés à l’association, qui apportent tous leur concours et leurs compétences dans les différents projets. Gregory Tourreau, plongeur hydrobiologiste, pilote les campagnes de prélèvements de sédiments. Dorothée Adam, réalisatrice, nous accompagne sur les différents sites pour réaliser des images. Peter Gallinelli s’occupe du développement du matériel. Les chercheurs de l’Université Savoie Mont-Blanc (David Gateuille, Emmanuel Naffrechoux) sont quant à eux les référents scientifiques des projets.

[AM] – Quel type de missions êtes-vous amenés à faire ?

[FG] – Les missions sont regroupées dans un projet nommé PLASTILAC, dont la finalité est la recherche de microplastiques dans les lacs du réseau « lacs sentinelles », situés à plus de 2000 mètres d’altitude.

L’ensemble des compartiments du lacs sont étudiés : sédiments, affluents, exutoires, surface du lac. Un capteur spécifique nommé « mantamaran » a été spécialement conçu à cet effet. Il s’agit de deux kayaks solidarisés, équipés d’un filet de 50 µm et propulsés par un moteur électrique. Chaque campagne d’échantillonnage permet de filtrer environ 150 m3 d’eau.

Une jauge owen (une sorte de parapluie métallique) permet par ailleurs de quantifier les retombées atmosphériques.

Nous avons eu l’opportunité de travailler avec différents parcs et réserves naturelles : Parc National de la Vanoise, Parc National des Ecrins, Parc National du Mercantour, Réserve Naturelle de Sixt-Passy, Réserve des aiguilles rouges…

Nous nous focalisons en 2021 sur le massif du Mont-Blanc, dans le cadre d’un nouveau projet en collaboration avec une fondation Suisse.

« La masse de plastique émise dans le monde est énorme, de l’ordre de 10 tonnes par seconde. »

[AM] – Quelles sont les différentes sources de microplastique ?

[FG] – Les microplastiques échantillonnés dans le cadre de nos projets proviennent de l’atmosphère. Il est difficile d’établir la source et l’origine de ces particules puisque les distances de parcours sont importantes, à l’instar du phénomène de neige orange que nous avons pu observer en février 2021, avec du sable qui était transporté depuis le Sahara. Nous pouvons toutefois avoir accès à la nature des particules recueillies (polypropylène, polyéthylène, PVC, …). Rappelons que la masse de plastique émise dans le monde est énorme, de l’ordre de 10 tonnes par seconde.

[AM] – Pourquoi avoir fondé Aqualti ?

[FG] – Aqualti vient compléter les dispositifs en place pour favoriser la réalisation de mission en montagnes et en sites isolés. La structure réunit des professionnels divers et variés, et apporte des compétences pluridisciplinaires et complémentaires aux structures déjà présentes, comme les laboratoires de recherche et les universités.

[AM] – Quels sont vos objectifs avec Aqualti ?

[FG] – Les missions répondent à un double objectif.

D’une part recueillir des données sur des sites difficiles d’accès (haute altitude, haute latitude) afin d’alimenter les bases de données des chercheurs et les connaissances. Une publication scientifique sera prochainement éditée par l’Université Savoie Mont-Blanc sur les recherches opérées dans les lacs d’altitude.

D’autre part sensibiliser le grand public sur la pollution diffuse émanant de l’atmosphère, sur la base des résultats de nos études.

[AM] – Quelles sont les sources de revenus d’Aqualti ?

[FG] – Nos sources de revenus sont principalement issues de subventions : la fondation Eau Neige Glace nous accompagne depuis plusieurs années. La fondation Caisse d’Epargne nous a soutenu pour concevoir notre capteur « Mantamaran ». Le CNRS, au travers de la Zone Atelier Alpes nous a également soutenu en 2019 et 2020. Enfin, les parcs nationaux et réserves nous assistent avec une prise en charge des frais opérationnels de mission.

[AM] – Pour vous le sport de montagne est-il un secteur vraiment éco-responsable ?

[FG] – La plupart des gens qui pratiquent des sports de montagne sont des amoureux de la nature. Reste à savoir ce qu’on met derrière le terme «éco-responsable ». Favoriser les circuits courts et acheter ses produits chez les agriculteurs de montagne est pertinent. Favoriser les vêtements naturels et limiter les produits à usage unique également. Il n’est pas toujours simple d’être pleinement vertueux. Les mentalités sont en train de changer. Il est de plus en plus rare de trouver des déchets sur les sentiers de randonnées.

[AM] – Quel est le meilleur moyen pour prévenir et faire agir les gens face au danger de la pollution des montagnes ?

[FG] – Rester pragmatique et éviter de donner des leçons. L’idée est d’amener les gens à réfléchir par eux-mêmes, sans discours moralisateurs ou dogmatiques. Le but premier de notre association est le recueil de données à des fins scientifiques. Si en parallèle le grand public comprend que les particules plastiques émises à des centaines de kilomètres peuvent se retrouver dans des sites logiquement vierges, les comportements sont susceptibles d’évoluer !

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